Une fois n'est pas coutume : une sortie … sans spit ! Sans la mienne, du
moins …
J'étais donc parti -en Audi- pour un petit séjour chez des cousins, jeunes
parents domiciliés à Verdun. Pas sur le Doubs, sur Tranchées. Alors que je
devais m'en retourner tranquillement à Dijon vendredi soir, un appel impromptu
de Roger vint chambouler les choses … Alors que je comptais sur lui pour porter
Spitty 2 chez le carrossier samedi matin, il m'annonce qu'il est au salon de
Reims ce week-end, et me demande si j'y vais ! Sauf à regarder les choses de
très, très haut, Reims n'est pas vraiment sur l'axe Verdun-Dijon. Mais bon,
après tout, ça n'est qu'à une grosse centaine de kilomètres de Verdun, et si je
n'ai rien à faire de mon samedi, pourquoi pas ? Après tout, on dit tant de bien
de ce salon …
Je ne savais pas à quoi m'attendre … Eh bien, je n'ai pas été
déçu.
Ce qui frappe d'abord, quand on arrive, c'est la foule. Sur un rayon de 500m
autour de l'entrée, pas une place de parking de libre ! Anciennes et modernes
se côtoient joyeusement, avec un taux d'anciennes qui augmente au fur et à
mesure qu'on s'approche de la porte. Et à l'intérieur, c'est bien simple : on
se marche dessus … En tout sympathie et sans énervement aucun ! Ce qui frappe
ensuite, une fois le ticket payé, c'est l'aspect d'immense foire à la brocante
auto. Partout, des stands en plein air proposent des pièces détachées, avec ou
sans logique (ça va du spécialiste en vieux carbus de Traction, état variable,
au gars qui propose pèle-mèle vieux engrenages rouillés et radiateur d'avant la
première guère …). Pour qui ne connaît pas les lieux (une grande surface de
l'exposition est en extérieur, mais il y a également plusieurs petits pavillons
reliés par de larges couloirs), on peut vite s'y perdre, et il est facile de
risquer de passer à côté des halls du fond, qui sont pourtant ceux qui abritent
la partie la plus intéressante : les stands des clubs. Les deux plus gros sont
ceux réservés par les organisateurs au musée auto de Reims et aux véhicules
qu'ils mettent à l'honneur. S'agissant cette année des productions locales, on
pouvait y admirer quatre SCAR, quelques Clément-Baillard …
En naviguant, on finit par aboutir au Hall 2. Et là, on ne peut pas manquer
la concession Triumph … Pardon, le stand de l'Amicale Spitfire, qui présente deux
splendides spécimens, une Mk 2 Wedgwood Blue et une 1500 Inca
Yellow, toutes deux rutilantes, briquées à bloc, chaussées de neuf … Et
toutes options, y compris l'overdrive. La dynamique équipe des Amicalistes
Champeno-Ardennois anime l'ensemble par une très amusante petite scaynette
basée sur le thème du salon, «Jour d'anniversaire» (ce qui tombe bien,
vu que la Spit fête ses 50 ans en 2012). Là où les autres stands se contentent
de présenter leurs voitures transportant des paquets cadeaux ou des ballons,
l'équipe de l'Amicale a concocté un comique digne de Feydeau !
Alors qu'un des ouvriers de la concession Triumph arrive au travail quelque
peu éméché, le patron annonce à tous que le Secrétaire d'État à l'aménagement
du Territoire va passer, et qu'il espère bien lui soutirer la signature
nécessaire à l'agrandissement de la concession …

Mais alors que le patron et le Secrétaire discutent, la femme de celui-ci
arrive ! Le Secrétaire se planque, et grâce aux dénégations du patron, la femme
s'en va. Le patron tente de réamorçer la discussion sur l'agrandissement de la
concession, mais la femme débarque à nouveau ! C'est le patron de la concession
Triumph qui sauvera la mise au Secrétaire d'État, en prétendant à sa femme
qu'il était venu … lui offrir une Spit pour son anniversaire !

Et pas n'importe quelle spit : le nouveau modèle, la Spitfire 1500. Le
Secrétaire signe le bon d'achat en même temps que l'autorisation
d'agrandissement, et s'en va avec sa femme au volant de la spit, le patron
rappelant fort opportunément qu'elle est jaune cocu - Pardon, jaune canari !


Si on ajoute à cela qu'en plus, conformément à leur réputation, les membres
de l'Amicale étaient très amicaux, nous offrant champagne et sandwiches
(
ça m'a fait
mon déjeuner !), que j'ai pu discuter pendant … un bon moment avec plusieurs
d'entre eux, et d'ailleurs aussi avec d'autres spitouistes de passage … C'était
vraiment un excellent stand !
La concurrence, d'ailleurs, était complètement dans le vent :

D'ailleurs, ils n'avaient même pas vraiment essayé de lutter. Même avec un
modèle de compétition, en statique, ils n'étaient pas de taille …
D'autres clubs l'avaient bien compris, à l'image de ce club multi-marques de
la région de Reims, qui, pour faire bonne figure, présentait aussi une Spit
:

… une Mk IV ; rutilante, comme l'ensemble des voitures présentées au salon,
et dotée d'une jolie brochette de badges (y compris un de l'Amicale !).
Les autres stands présentaient presque tous des voitures intéressantes, qui
une rareté, qui une détentrice de multiples victoires. Dans ceux qui m'ont le
plus marqué (et qui avaient le plus de succès), notamment :

Un «charpentier automobile» (?), spécialiste de l'ossature en frêne pour les
belles d'avant-guerre, présentait un exemple de travail en cours sur une
Delahaye 135 M. Un impressionnant travail de précision, qui doit faire
réfléchir à deux fois l'amateur qui voudrait se lancer dans la reconstruction
d'une telle carrosserie !
Bien sur, également, les SCAR - Société de Constructions Automobiles de
Reims, marque active de 1906 à 1918 (la guerre ayant eu raison des ateliers).
Il n'en reste que 7 dans le monde («Pour le moment», parait-il …), et 4 sont
réunies ici ! Notamment, une 12 HP K Sport, belle centenaire en état d'origine
(!) :

J'ai pu discuter un peu avec le propriétaire, un ami de Roger (qui
décidément connaît tout le monde), la bête est motorisée par un 3 litres,
cylindrées toute petite pour l'époque, qui monte à 3000 tours/minute, presque
1000 tours de plus que la concurrence ! Cela, parait-il, grâce au grand soin
apporté à la construction de la voiture, prévue pour la performance avec
notamment un moteur placé bas dans le châssis, et un radiateur beaucoup plus
travaillé pour le refroidissement que les Renault placés en même position.
Stratégie payante, puisque cette voiture-là a gagné le Tour de France auto
1912. Et ça devait être sportif : 100 km/h en pointe (si j'ai bien compris,
elle les fait toujours) … et deux freins à tambour à l'arrière. Rien à l'avant
… Oups !
On pouvait également admirer une autre 12 HP, carrossée en landaulet :

Enfin, on notait la présence d'un coin réservé aux amateurs d'anciennes
prévoyants, ou pessimistes, désireux de vivre leur passion des anciennes tout
en restant prêts à faire face à toutes les conséquences possibles de la crise
économique !

Je crois me souvenir que mon grand-père disposait, pour raisons
professionnelles, d'un engin de ce genre il y a quelques années. Également, le
rêve de tout père de famille nombreuse désireux de faire découvrir les joies du
nautisme à ses enfants sans descendre de voiture :

Bref, il y en avait pour tous les goûts !
Même les plus improbables, d'ailleurs … :

Oui, vous ne vous trompez pas, c'est bien le taxi de Bruce Willis dans
le Cinquième Élément !
Pour finir, un petit aperçu du parking, où on pouvait voir :
… une R17 Gordini garée en vrac …

… et des spits (même s'il y en avait probablement d'autres) :

